La Finance (3/3) : constat et solution(s) …

Après avoir dressé un tableau (peu rassurant, il est vrai) des dérives de la finance et de ses effets sociaux et économiques, cherchons à présent à tirer les leçons du passé et à entrevoir des solutions tenables et pratiques pour sortir des dérives rentabilistes.


Aveuglement idéologique
Il a fallu supporter plusieurs décennies de ce discours majoritaire des néo-libéraux, taxant de conservatisme les opposants à une perte de souveraineté des pays sur leur monnaie (et leur système bancaire), mettant en doute la crédibilité de tout économiste perplexe devant les préceptes dérégulatoires, étiquettant comme communiste (au bas mot) tout intellectuel n’avalisant pas le culte de la rentabilité privée.
Mais à présent, l’aveuglement et le conservatisme semblent avoir changé de camp au vu des catastrophes, pourtant annoncées par quelques résistant(e)s à l’euphorie financière des années 80, qui sont allées croissantes comme expliqué précédemment. Et l’ironie pousse jusqu’à avoir -en apparence du moins- renforcé ce système volatile dérèglé et ses acteurs planqués derrière l’expression « les marchés », grands groupes financiers en tête. Car rien n’a changé ou presque !
Le premier travail (d’ampleur, malheureusement) pour sortir de ce cercle vicieux de crises est donc de déconstruire ce discours, cette idéologie distillée jusque dans les instances les moins publiques (OMC, Bilderberg, Trilatérale, CFR, G30, etc) qui placent la rentabilité et l’intérêt privé au-dessus des conséquences globales ainsi produites.

Double-tranchant conceptuel
Et pour commencer, il va probablement falloir mettre la pensée économique devant ses propres turpitudes : comment la considérer comme une science quand elle ne sert qu’à expliquer les crise a posteriori – le plus souvent sans les voir venir ? Lorsqu’elle reste incapable d’intégrer les coûts sociaux et environnementaux ? Alors qu’elle applique des critères identiques pour jauger des entreprises et des pays entiers (avec l’échec qu’on connait !) ? Tandis que ses recettes (comme la détaxation et/ou l’austérité) ne font qu’aggraver les problèmes qu’on attendrait qu’elle solutionne ?
Il faut l’admettre : faire le bilan de l’application de la « science » économique s’impose, et les responsabilités sont autant du côté théorique (experts et consort) que pratique (traders notamment) ou politique (gouvernants en tête) !
L’exemple le plus emblématique : la Grèce à la population de laquelle on fait payer l’incurie (et la dérive d’extrême-droite) de sa classe politique, l’absence de scrupules de ses bailleurs de fonds (Goldman Sachs en tête), le manque de structuration institutionnelle de l’UE (non comblé, sinon empiré par les carcans du MES et du FESF) et une avidité de privatisation des « marchés » qui ne sera jamais tarie tant qu’il y aura des proies.

Retour de quelques valeurs
Or, il semble légitime d’affirmer que les abus de la finance privée ont eu un impact majeur sur l’ensemble de la société civile, sur les pays et leurs économies. La conséquence logique est donc que la finance ne peut plus demeurer une affaire privée, limitée à un cercle décisionnaire restreint, puisque ses dérives et ses méfaits deviennent des affaires publiques à effet macroéconomique.
Remettre de la démocratie, de la transparence, des règles de bonne conduite et des contraintes à faire respecter, semblent former un paquet éthique pour ne pas reproduire des erreurs – chaque fois évitables si l’on avait bien fait les choses.
Pour base, il faut cesser d’opposer binairement l’État (que le néo-libéralisme chercher à ringardiser et vider de toute substance) et « les marchés » (volatiles, mondiaux, insaisissables, opaques) comme si tout se jouait uniquement dans leur opposition, alors qu’en réalité de mêmes acteurs peuvent faire partie de ces 2 univers très poreux – au dépens du 1er. En réalité, la lutte se situe dans la différenciation entre bien « public » et « privé » : il faudrait reconsidérer la notion (ancienne …) de propriété privée même, qui devient floue sinon absurde dès qu’on observe des entreprises (banques, multinationales, etc) dont le poids (« too big to fail ») est tel que leur chute entraînerait le système entier dans leur sillage, et dont les affaires « privées » ont des conséquences « publiques » directes.
Essayons donc de passer en revue ce qui est souhaitable ou possible, ainsi que ce qui a déjà été pratiqué avec succès.

Protection …
… contre les conflits d’intérêts à la racine : la loi interdit à un universitaire de figurer au conseil d’administration d’une entreprise privée – sauf rare dérogation. Pourtant cette double casquette chercheur/administrateur est largement répandue. Au-delà du pragmatisme qu’on peut éventuellement espérer d’une telle position, il reste la problématique des intérêts et donc des conflits entre gain et positionnement, créant un légitime doute tant au niveau ethique que politique.
Ceci s’applique aussi à la recherche, aux diverses chaires et même à certaines sphères alternatives (associations, fondations, etc). Or, il semble qu’on aille droit, sous couvert d’autonomisation, vers un service privé de l’éducation tout azimut : le sous-financement des établissements et la « liberté » pour leurs dirigeants de s’approvisionner dans le privé les inféode stricto senso aux intérêts des multinationales, et oriente directement la recherche et l’éducation. Ceci a notamment pour effet de promouvoir une pensée inflexible, une vision unique de la société et du monde, un dogme et des représentations qui sont les conditions d’émergence et de maintien d’une situation telle que nous la connaissons depuis des années.
Pourtant, la solution serait simple : fixer des limites claires et investir en l’avenir sans tenir de bilan comptable étriqué sur ce qui aura ensuite des répercutions incalculablement positives (innovation, compétitivité, réforme, etc).
En voulant appliquer un régime financier rigide on etouffe les sociétés et leurs services publics – alors même qu’on dérégule laxistement la sphère financière devenue libre des abus les plus dramatiques. Et c’est d’ailleurs souvent les plus enclins à la fraude (aussi nommée « évasion » ou « optimisation ») fiscale qui exigent des pays le plus d’austérité en assurance de leurs dettes …

Re-régulation !
Nous avons d’ailleurs déjà évoqué cette dérégulation rampante depuis 30 ans, au départ vendue comme permettant de « libérer » de la croissance profitable à tous – notamment par effet de « trickle down » vers les moins favorisés, mais qui après bilan n’a profité qu’aux plus riches ; on le sait, elle nous mène de plus à la destruction de l’environnement autant qu’aux crises économiques les plus incontrôlables, dont les plus démunis pâtissent les premiers (inflation, expulsion, misère, etc).
Cette insuffisance de régulation commence petit à petit à changer, mais l’évolution est malheureusement bien trop lente et trop peu contraignante. Par exemple, les préconisations successives du comité de Bâle (ratios Cooke, McDonough, LCR, NSFR, etc) ne sont pas directement suivies des faits, ou plusieurs années après qu’elles aient été faites, et uniquement par les établissement et les pays de bonne volonté. Par ailleurs des projets de lois comme le Dodd-Frank act au USA, lorsqu’ils arrivent à la promulgation (chemin semé d’embûche : lobbying, amendements, etc) sont le plus souvent devenus trop consensuels pour avoir les effets radicaux qu’un système financier devenu fou nécessiterait en réalité.
Plus subtilement, il faut noter que ce type d’encadrement est avant tout comptable et quantitatif. Il ne change aucunement la qualité des pratiques, et l’avidité restera donc de mise tant que l’approche conceptuelle de la finance sera de court-terme et de bénéfice maximum – qu’importe le prix pour le reste de la société.

Cas d’école
Mais il y a un cas où l’on ne s’est pas contenté de ne froisser personne ou de suggérer : on a agit démocratiquement et légalement en Islande. Ce qui s’y est passé restera peut être dans les livres d’Histoire comme un modèle en matière de révolution économique et politique moderne.
Issue principalement d’une privatisation totale et d’un endettement spéculatif à outrance des 3 banques principales du pays (Landsbanki, Kaupthing et Glitnir), la crise islandaise résultait d’une irresponsabilité politique et financière internationale … transmise à la population locale pour un total de plusieurs dizaines de milliers d’euros par habitant du pays !
Atteignant 10 fois le PIB du pays (!), la croissance, dopée par une spéculation que la défiscalisation attirait alors, s’effondre brusquement à l’image du cours de la bourse nationale qui chute de 75% en octobre 2008 ! C’est alors qu’un bras de fer politique s’engage sous forte pression extérieure. Pour résumer : après avoir trop joué via les banques islandaises, les boursicoteurs du monde entier (anglais et hollandais en tête) ont perdu des sommes extravagantes dans la crise et exigent remboursement de l’Islande via son peuple qui n’a rien demandé. Celui-ci ne tarde pas à exprimer son refus, par manifestation et grève d’abord, puis par référendum et élection ensuite.
Seront ensuite pratiqués une analyse de la dette pour n’en payer qu’une part légitime et raisonnable, une renationalisation des banques pour n’en garantir que l’épargne locale et légale, un nettoyage en règle des milieux politiques et financiers corrompus en Islande, et surtout une réecriture de la constitution islandaise dans des conditions exemplaires de transparence démocratique.
Ceci n’est qu’un résumé et le processus n’est pas achevé, mais le pays a dores et déjà renoué avec une activité normale – et plus qu’enviable par rapport à la plupart des pays de la zone euro.

La finance comme bien public !
Voici pour commencer la part la plus importante de la leçon islandaise. L’activité économique d’un pays, et donc l’émission de monnaie et l’octroit de crédit tout comme l’épargne sont des biens publics, car leur absence et/ou leur dérive mène le pays entier à la ruine ! On le voit nettement ici, avoir abandonné ces activités à la sphère privée a eu pour conséquence de « priver le public » de ces biens, et d’autoriser progressivement des dérives de plus en plus graves au bénéfice d’une minorité.
Même si cela ne suffit pas à garantir une finance saine, la renationalisation des banques sous faillite en lieu et place de leur renflouement sans contrepartie (comme pratiqué après la crise des subprimes) est un geste politique naturel et souhaitable, sinon salvateur.
Allant plus loin encore, certains économistes (dont quelques attérés de renom) préconisent même une démocratisation d’un pôle public de la finance, où le secteur serait soumis au regard et à la décision du peuple, et l’investissement guidé par d’autres règles (fiabilité, impact, collectivité, etc). Cela va aussi dans le sens des propositions de nombreux collectifs citoyens ou syndicaux, d’échelle nationale voire internationale.
Même à l’époque du libéralisme éclairé (d’avant la révolution industrielle) ce type d’approche n’était point trop pensable sinon peu exprimé. Aujourd’hui, au vu et selon l’expérience acquise, cela ne paraît absolument pas délirant, bien au contraire, puisqu’on peut désormais raisonner par l’absurde : c’est d’avoir laissé faire l’inverse qui a fichu tout le système par terre !

Standards & fools
Pour éviter d’avoir à tomber dans la folie d’une mise en abyme sans fin (comme de noter les agences de notation pour apprécier la fiabilité de leurs notes …) il faudra probablement s’y résoudre : fermer les agences, ou a minima leur interdire purement et simplement de noter des pays.
A force d’être détrompées par les faits, prises la main dans le sac de la connivence, surprises à admettre le peu de personnel affilié à la notation d’éléments complexes, on doit définitivement en tirer les conséquences : les agences de notation ne servent à rien d’autre qu’aggraver les dettes des pays déjà endettés et légitimer la spéculation à leur encontre tout en donnant l’heure aux horlogers.
Elles ont prouvé leur inutilité et leur tendance à conforter un système malade.
Au moment où elles s’apprêtent à dégrader l’Allemagne, les encadrer, sinon les fermer, serait aussi remettre de la clarté dans la hierarchie politique : elles étaient venues se positionner au-dessus des gouvernements sans avoir aucune légitimité populaire, il faudrait donc remettre tout cela au pas dans un monde où les peuples -à l’image du Printemps Arabe- montrent leurs aspirations démocratiques.
Autre alternative parfois évoquée : ouvrir une agence de notation européenne pour contrer l’influence prépondérante des USA et de la Chine dans ce domaine ; il serait ainsi possible d’introduire ainsi une supervisation locale avec des visées macroprudentielles et donc des critères de notation différents (sécurité de placement, impact socio-économique, etc). Nous avons d’ailleurs échappé de peu cette année à la fusion des bourses américaines (Nyse Euronext) et européennes (Deutsche Börse, dont Clearstream est une filiale …). Mais ne rêvons pas : même si l’Europe montrait une autre voie, cela ne changerait pas la nature et les buts des autres agences de notation susnommées.

Audit de la dette
C’est une des autres pistes fournies par l’exemple d’Islande (et avant lui du Brésil, de l’Équateur, de l’Argentine, du Pérou ou encore du Sénégal) : l’analyse minutieuse des dettes dites « souveraines » (ou plus prosaïquement, publiques) à l’initiative d’un peuple ou de son gouvernement. Quelle part est vraiment due à de l’emprunt, quel taux d’intérêt peut-on tolérer dessus, et conséquemment quelle fraction de la dette exigée est finalement reconnue ?
Il faut évidemment ensuite produire des tractations et des accords avec les bailleurs de fond, et s’assurer de la légalité du processus. Nul doute qu’en la matière, l’indépendance de l’Islande vis-à-vis des traités européens a joué un rôle vital pour ce pays.
Mais plus génériquement, ce processus de salubrité publique est aussi une occasion de remettre de la démocratie, de la transparence et du sens dans les questions de financement nationaux ; et ceci vaut largement mieux qu’un forme dictatoriale imposée par des instances vagues (« les marchés ») via des structures opaques (BCE, OMC ou FMI – critiqué de l’intérieur en ce moment même) et non légitimes.
Exemple : la dette française cumulée est de 1500M€ actuellement (soit 78% du PIB). Sans intérêt elle serait seulement de 165M€ (9% du PIB) c’est à dire inférieure à son niveau de 239M€ en 1979 (21% du PIB). A l’avenir, selon différentes hypothèses de variation des notations arbitraires et évolutions économiques imprévisibles, nous mèneraient entre 4500%€ et 7500M€ (120% et 200% du PIB) vers 2040. C’est dire l’absurdité d’appliquer un taux d’intérêt sur des emprunts de pays entiers, puisqu’il s’agit d’un bien public supposé profiter à tous, et dont l’alourdissement annihilie la capacité de recouvrement … sauf à vouloir instrumentaliser cette dette pour exiger toujours plus de privatisation et de désengagement public !

Punir les responsables
Face à l’injustice des crises et de ses profiteurs, on attendrait que la Justice fasse son travail … et elle ne l’a fait que trop rarement, et de façon beaucoup plus magnanime vis-à-vis des puissants que des petits.
La raison primaire en est simple : il est relativement facile d’établir la responsabilité des délits ou crimes « communs » par témoignage et preuve directs. En revanche, lorsqu’il s’agit de montages financiers internationaux, avec moultes décisionnaires intermédiaires, paradis fiscaux et sociétés écran, dilution des bénéfices et des pertes … cela devient plus compliqué.
Il y a aussi une raison secondaire : la proximité sociale des milieux financiers et judiciaires ne contribue pas à l’impartialité totale de cette dernière, surtout quand les facteurs politiques et économiques s’ajoutent – même si l’on ne peut pas non plus nier l’existence de magistrats intègres.
De facto, on a tout pu voir des condamnations pour l’exemple dans les milieux de la finance (comme Rajat Gupta ou Bernard Madoff, 2 illustres pontes américains) ou de la politique (comme par exemple le grec Akis Tsohatzopoulos) donnant à penser que l’impunité n’est pas totale dans les cas les plus manifestes ; mais le peu de nettoyage opéré devant l’ampleur des crises laisse songeur, tout comme la reconduction ou la mutation de personnalités hautement douteuses (exemple typique : Mario Draghi, ex-Goldman Sachs actuellement à la BCE).
Le plus grave est que, si le milieu politique peut parfois recevoir une sanction par les urnes et perdre de son pouvoir, le milieu financier lui se maintient en place quelque soit le choix populaire. Et c’est ce qui rend son impunité d’autant plus dramatique. Cependant, l’actualité est prometteuse en la matière après révélation de trucages de taux liés au LIBOR anglais par des banques londoniennes de tout premier plan (Barclays, RBS, HSBC, Lloyds) ainsi que des groupes américains (JP Morgan, Citigroup) et européens (Société Générale, Crédit Agricole, Deutsche Bank, UBS …) pour des montants impressionants (des dizaines de milliards d’euros). Des têtes sont tombées (démissions de dirigeants en cascade, enquêtes en cours) mais comme on dit à la City : let’s wait and see …

Ira-t-on tous au paradis ?
Rien n’est moins sûr, mais en revanche ce qui l’est : la masse invraisemblable de capitaux et de succursales bidons qu’ont les banques, les hedges funds, les multinationales et même les partis politiques ainsi que la grande criminalité dans ces lieux couverts par le secret bancaire.
Classifier ces zones de non-droit financier en groupes de fiabilité (suite à la crise des subprimes) n’a strictement rien changé aux pratiques : l’argent sale, celui de la fraude et celui de la spéculation se mêlent en une valse complexe, instantanée, volatile et inextricable même pour des yeux avertis, avant de ressortir immaculé sur les places financières respectables – comme si de rien n’était, dans un silence complice.
On estime actuellement le montant d’argent caché dans les paradis fiscaux (environ 60 « pays » dont une bonne moitié d’îles issue de l’empire britannique) à 25 000 milliards de dollars (dont au moins 3 000 provenant d’Europe) – soit à peu près la perte due à la crise mondiale. Chaque année, entre 800 et 2 000 milliards de ces dollars proviendraient du blanchiment de fonds criminels via l’une des 150 000 sociétés opaques crées annuellement, auquels ajouter 300 milliards de dollars par an pour graisser la patte d’intermédiaires zèlés (banques, avocats, etc).
Pire encore : cet argent ainsi bloqué ne sert plus à l’économie réelle et devient souvent un pur instrument de placement à effet de levier pour gagner encore plus d’argent sans risquer gros. Ces hedges funds, pratiquant du shadow banking, ne disent pas toujours leur nom et finissent par alimenter vos livrets, retraites, comptes, assurances à votre insu !
La solution ici se résume en peu de mots mais beaucoup de maux : il faudrait taxer les mouvements de capitaux, lever partiellement (en cas de fraude avérée) voire entièrement le secret bancaire, séparer les activités bancaires (spéculation et épargne), limiter le gré à gré (retour aux chambres de compensation publiques), surtaxer les évasions fiscales (différentiel exigé par le pays d’origine), changer les normes comptables (provenance des bénéfices et des fonds).
Malheureusement, comme il est jusqu’à présent impossible d’aligner tous les pays du monde sur une telle liste d’engagement, chacun concurrençant les autres pour attirer les investisseurs, la fraude et le blanchiment ont encore de beaux jours devant eux !

Réformer les pratiques
Dans la continuité des propositions ci-dessus, plusieurs autres axes sont à dégager par rapport aux crises passées :
- autoriser les couverture uniquement sur un risque réel ; par exemple, interdire l’achat de CDS sur des produits (obligations ou autres) qu’on ne possède pas (ou plus !) pour limiter les tentations de jouer au casino avec l’économie mondiale (et donc avec la vie des autres …).
- limiter le HFT consistant à programmer des ordinateurs pour spéculer sur des variations durant quelques fractions de secondes ; si la technologie est difficile à contrer, en pratique il n’y a rien de plus simple : il suffit de décréter une périodicité élevée de rafraîchissement légal des taux.
- réformer le trading en le récompensant sur du long-terme et du travail collectif, avec des impératifs d’ordre macroprudentiels ; changer le système de prime, la formation initiale et punir sévèrement les abus devrait y contribuer.
- instiller de l’anti-lobbying public ; Finance Watch propose ainsi de faire entendre la voix populaire dans les décisions, considérant qu’une caste politique oublie souvent son rôle représentatif pour céder aux sirènes privées.
- lier plus fortement la prise de risque (limitée autant que possible) à l’endossement des pertes (d’ordinaire diluées dans des produits complexes comme les subprimes) et augmenter les fonds propres en garantie.

Éthique en stock ?
Les années récentes ont vu nombre de solutions se mettre en place, à commencer par des initiatives locales et abordables comme les SEL et autres réseaux d’échanges de savoirs ou services hors du système bancaire (et donc indemnes de spéculation et d’inflation), ou des placements via des banques éthiques (dont 2 existent en France).
Car quand il ne s’agit pas d’un simple greenwashing bien-pensant, le développement durable et/ou solidaire (micro-financement et commerce équitable, placements ISR avec critères ESG, etc) peut apporter son lot de changement des mentalités et des pratiques.
Partant du principe que nous sommes tou(te)s actionnaire dès lors qu’on a de l’argent, de même dès lors qu’on consomme un produit il faudrait considérer notre rôle dans la chaîne (industrielle, bancaire) et s’informer un maximum (provenance et conception des produits alimentaires, financiers) pour acheter en conscience, et éventuellement boycotter des éléments toxiques. Ce qui vaut pour la nourriture devrait valoir pour l’argent.
Dans cet ordre d’idée, pourquoi ne pas commencer à inclure le coût social et environnemental (via des taxes, kilométriques par exemple) des produits comme le suggèrent des économistes actuels ? Après tout, pourquoi la spoliation des ressources d’autres pays devrait-elle permettre de créer des produits moins chers pour nous ? Et inversement, pourquoi la mise au chômage de travailleurs chez nous devrait-elle alimenter de l’activité à bas prix dans d’autres pays ?
On l’a vu, la mondialisation opère surtout par ses travers, des abus opposant les uns et les autres dans une compétition sans fin et sans but, au nom d’une rentabilité absolue qui ne profite qu’à très peu de décisionnaires hors de portée de la légitimité démocratique.

Saurons-nous évoluer à temps pour conserver une planète habitable ? Unir les luttes ici et ailleurs pour contrer une élite déraisonnable ? Prendre conscience de notre rôle -infime mais central- de consommateur ? Ces questions nous restent adressées …

Sources :
Article sur le MES
Cumul des mandats
Comité de Bâle
Dodd-Frank act
Supprimer la spéculation ?
Constitution islandaise
Traque des néo-vikings
A nous les banques
Interview de Frédéric Lordon
Les riches partiront ? Qu’ils partent !
Agences de notation
Fusion des bourses
Dette publique, faux coupable
Intérêts illégitimes
Tout va très bien
Crise de la dette
Crise interne au FMI
Chute d’un patron
La City déconsidérée
La finance en eaux troubles
Parasites fiscaux
Article sur les paradis fiscaux
Conséquences des paradis fiscaux
Finance sous contrôle ?
Finance version solidaire

2 réponses à La Finance (3/3) : constat et solution(s) …

  1. bidochon dit :

    Excellent article, bien documenté…bravo…je le propose sous copyright à Actualutte, toute la série en fait, avec nom et blog d’origine….

  2. Ping : La Finance (2/3) : 40 années de dérégulation | Demagocratie