Les échos de la fachosphère

Afin d’affiner notre perception de ce phénomène surreprésenté, essentiellement lié au web mais parfois décuplé par les médias classiques (télés, journaux, radios), nous nous baserons sur des statistiques aisément vérifiables : le nombre d’actifs des éléments dédiés (pages, profils, comptes, chaînes, etc) sur réseaux sociaux et vidéos afin de jauger la masse en présence d’une part, et d’autre part les trends google qui donnent une idée de l’évolution décennale des recherches sur des mots clés donnés.



Référence de mesure

Les chiffres n’ayant de sens qu’en contexte et en relation par rapport à d’autres, nous procéderons donc à la fois par des valeurs absolues (en millier « k » voire million « M »), des fourchettes et moyennes mais aussi un indice d’importance calculé en comparaison avec des médias présents sur les mêmes sources que citées plus haut. Nos quelques niveaux de référence seront les suivantes, par ordre décroissant d’importance :

(nombre de followers Twitter) :

* Monde : 3,8M
* TF1 : 2,2M
* FR24 : 1,5M
* Libé : 1,3M
* Figaro : 1,3M
* M6 : 1,2M
* Médiapart : 1M
* BFM : 1M
* Canal+ : 1M
* Parisien : 950k
* Rue 89 : 780k
* Les échos : 500k
* Slate.fr : 400k
* ASI : 400k
* ITélé : 365k
* TV5 : 300k
Ces données amènent à un indice allant de 1 (80k et moins) à 5 (2M et plus) ; médian à 3 (1M)

(nombre d’abonnés FaceBook) :

* TF1 : 3,6M
* FR24 : 3,5M
* Monde : 2,2M
* M6 : 2M
* Parisien : 1,8M
* Figaro : 1,8M
* TV5 : 1,7M
* Canal+ : 1,6M
* Arte : 1M
* FR2 : 1M
* BFM : 580k
* Médiapart : 460k
* Rue 89 : 460k
* Les échos : 380k
* Libé : 370k
* ITélé : 350k
Ceci nous donne un indice allant de 1 (80k et moins) à 5 (3M et plus) ; médian à 3 (1,5M)

(nombre de vues YouTube ou DailyMotion) :

* FR24 : de 300k à 2M (1 pointe à 3M)
* BFM : de 200k à 2M
* TF1 : inconnu (2M d’abonnés sur leur replay)
* Canal+ : de 100k à 1,6M
* Monde : de 500k à 1,5M
* Figaro : de 200k à 1,5M (2 pointes à 8 et 13M)
* Parisien : de 300k à 700k (2 pointes à 1,2M)
* Rue 89 : de 100k à 500k (1 pointe à 4M)
* Médiapart : de 60k à 350k (1 pointe à 700k)
* TV5 : de 50k à 300k
* Arte : jusqu’à 150k (suppression hebdomadaire)
* ITélé : de 100 à 200k
* ASI : de 50k à 200k (3 pointes à 500k)
* FR2 : de 50k à 100k (1 pointe à 380k)
En résulte un indice allant de 1 (50k de moyenne) à 5 (1M de moyenne) ; médian à 3 (500k de moyenne)

De quoi (ou qui) parle-t-on ?

Avant de déployer notre analyse, il y a l’épineuse question consistant à essayer de définir la fachosphère et qui en fait partie ou non … il est vrai que le terme est fourre-tout, mais principalement et surtout parce que sont nombreux et complexes les liens entre des sites, mouvements et personnalités dont les thèses combinent des éléments allant principalement du fascisme (promotion d’un régime totalitaire), racisme (haine et rejet ethnico-culturelle), nationalisme (sentiment de supériorité patriotique), sectarisme (adhésion sans recul à une personne et/ou un culte) et conspirationnisme (généralisation à l’absurde du doute complotiste) jusqu’au confusionnisme (mélange des thèses sans réflexion politique) calculé ou ingénu – voire diverses formes de discriminations (sexisme, homophobie, etc) qui sont autant de marqueurs réactionnaires.

Ceci étant vaste, nous nous cantonnerons donc aux émanations les plus notoires ou les plus médiatisées et dont l’appartenance à ce maillage de désinformation, qui n’est que le pendant de celle d’un système capitaliste dominant, ne fait plus aucun doute de par les faits. Nous en donnerons d’ailleurs ci-dessous quelques marqueurs reconnaissables et tendances récurrentes.

Les limites du sujet

Mais posons d’emblée les limites de ce qui va suivre  :

-          nous nous baserons sur des sources accessibles mais intrusives et aux pratiques très discutables ; elles sont donc à prendre avec des pincettes, mais viendront appuyer notre réflexion par recoupement évènementiel et politique.

-          notre analyse va se situer à un point de vue essentiellement quantitatif ; nous ne pourrons donc présumer de la qualité (curiosité, sympathie, admiration ou autre) du lien entre le public et les figures promues par les éléments de notre analyse.

-          il faut aussi garder à l’esprit que nous allons surtout faire une comparaison entre l’impact public de collectifs rédactionnels et celui de personnalités ; ce sont, bien entendu, des objets très distincts aux objectifs professionnels et politiques différents.

-          les données utilisées ici remontent à début 2005 pour les plus anciennes et s’arrêtent au mois de mai 2015 (rédaction de cet article) ; il est donc impossible d’élargir le propos par rapport à une période antérieure – ni même de se lancer dans un prospective à moyen ou long terme.

Paul-Eric Blanrue, le « polémiste »

Ce « journaliste » autoproclamé et converti à l’Islam collectionne les positions provocatrices typiques d’une certaine extrême droite confusionniste comme : lutte contre la loi Gayssot au nom du droit au négationnisme déguisé en « expression libre », récupération de figures populaires tel que l’ancien président vénézuélien Hugo Chavez, soutien direct de personnalités nationalistes comme Vladimir Poutine (souvent binairement présenté comme équilibrant l’influence américano-israëlienne), etc. Ainsi, il participe à un nombre important de pseudo-médias de la fachosphère dont le faussement « antisioniste » (mot souvent galvaudé pour masquer une haine antijudaïque) et notoirement pro-russe site Alterinfo.

Cependant, en dehors de ses vidéos, il ne fait que peu d’émules :
jusqu’à 5k indice 1

jusqu’à 3,5k indice 1

de 10k à 100k  indice 1

Quand à sa popularité de recherche internet, elle est très tardive :
Juin 2009 : sortie de son livre au titre polémique « Sarkozy, Israël et les juifs » qui pratique, comme souvent, un réel antisémitisme dissimulé en « antisionisme » trompeur.
Décembre 2013 : suite à une saisine de la LICRA, la justice censure un autre de ses livres, encore sur « les juifs », édité par KontreKulture (maison appartenant à 2 compères dont on reparlera plus bas).

Mais il est intéressant de noter que, malgré une réussite limitée, le type de thèse qu’il défend rencontre un écho certain directement relié à la sortie de livres provocateurs et d’une communication pour le moins victimiste à la moindre poursuite, ce grand classique de la stratégie réactionnaire qui prétend ainsi casser du « tabou » imaginaire, du « politiquement correct » fantasmé et la « pensée unique » là où elle n’est pas !

Jean Bricmont, le « professeur »

Ce physicien francophone s’est improvisé « essayiste » dans l’ombre d’un porte-parolat implicite du linguiste américain Noam Chomsky – dont les positions libertaires théoriques ont souvent été au bas mot maladroites vues du contexte européen car largement instrumentalisables par le milieu réactionnaire. C’est en ce sens que ce professeur belge défend notamment, tout comme notre précédente figure qu’il fréquente, des révisionnistes célèbres (tels Vincent Reynouard ou Robert Faurisson) ; il est le principal acteur d’un site qui a progressivement dérivé vers la confusion sous son égide, à savoir Le Grand Soir.

Pour autant, sa réussite n’est que partielle (et surtout notable en vidéo) :
jusqu’à 1k indice 1

jusqu’à 5k indice 1

de 20k à 400k  indice 2

Les statistiques de recherche à son sujet ne montrent qu’un seul point culminant :
Janvier 2014 : il défend Dieudonné au nom de la « liberté d’expression » sur une chaîne belge et de nombreux sites qui relaient sa posture aussi orientée que lisible – du moins a posteriori.

Comme quoi, disposer d’une bonne formation initiale n’est malheureusement pas une garantie pour éviter de sombrer dans un confusionnisme total et ses accointances discriminatoires. On peut par ailleurs supposer que dans le public de cette confusion tout azimut, l’aura scientifique n’est que partiellement suffisante pour se faire connaître et pour convaincre, d’où une propension visible à tenter de récupérer celles de personnalités plus connues – pour le meilleur ou pour le pire.

Thierry Meyssan, le « reporter »

Pourtant issu d’un milieu militaire catholique aisé, ce militant homosexuel laïc va devenir une figure de proue du pseudo-journalisme complotiste à partir de septembre 2001, attirant dans des filets barbouzards et une fachosphère désinformante le Réseau Voltaire qu’il avait contribué à fonder. Profitant d’une médiatisation assez importante, il va régulièrement afficher son soutien propagandiste envers tout régime opposé à l’occident (ou prétendu tel) dans un binarisme aveuglé sur des cas comme Khadafi ou Assad.

Sa popularité quantitative est un peu mieux répartie que les personnalités précédentes :
jusqu’à 6k (RV) indice 1

jusqu’à  6k indice 1

de 30k à 250k indice 2

Les sommets de requêtes le concernant se situent à 3 moments clés :
Septembre 2008 : il donne un entretien sur le site Reopen911 et un interview remarqué sur la principale chaîne russe.
Août 2011 : il communique de Tripoli depuis un hôtel juste avant le conflit, contredisant bien évidemment la plupart des médias occidentaux avec une contre-propagande tout aussi caricaturale que la leur.
Janvier 2015 : on constate un regain d’intérêt à son endroit via de nombreuses publications complotistes suite à l’attentat meurtrier chez Charlie Hebdo.

Attention, l’influence de ce personnage dépasse probablement les chiffres affichés ci-dessus ; il a en effet une excellente image dans de nombreux réseaux conspirationnistes qui, tel Reopen911, le considèrent comme une réelle référence voire un modèle de « journalisme ». Pour autant, même s’il joue d’une posture d’alter-journalisme (certes trompeuse puisque paradoxalement médiatisée !) dans un contexte où les populations se méfient à juste titre des grands médias dépendant d’intérêts capitalistes, son efficacité est bien inférieure aux chiffres obtenus par d’autres profils stratégiques étudiés plus bas.

Étienne Chouard, le « démocrate »

Cet enseignant en gestion dans un lycée marseillais a connu l’heure de gloire en 2005 par une médiatisation considérable de sa critique d’une constitution européenne alors soumise à référendum. Puis, montant petit à petit un réseau d’afficionados relativement inconditionnels (les Gentil Virus), il a consolidé son public à la fois chez les écologistes à gauche (Colibris, par exemple) et les souverainistes voire les nationalistes à droite, multipliant les emprunts progressistes discrets autant que les éloges de personnages plus ou moins fascisants – le tout dans un théorisme constitutionnaliste très fumeux.

Cette approche floue touche un plus large public que les précédentes :
jusqu’à 11k indice 1

jusqu’à 58k indice 1

environ 100-200k (+ 1 pointe à 900k) indice 2

Et là encore, ce sont les moments de médiatisation qui créent des pics de recherche :
Printemps 2005 : son analyse de la constitution européene en vue du référendum de mai est relayée par Le Monde, Libé, L’Huma, Arrêt sur Images, etc.
Septembre 2014 : une vidéo d’un extrait de son passage chez à « Ce soir ou jamais » fait un carton sur les réseaux sociaux.

Une fois de plus, c’est par le système médiatique que s’est construite la notoriété d’un personnage paradoxal qui se prétend assez souvent « hors du système » (comme plusieurs autres qu’on verra plus bas) mais qui tend à limiter la lutte du « peuple » contre la classe dirigeante à une simpliste réécriture des textes législatifs, entre autres courtes vues et impasses confusionnantes. Difficulté particulière : l’autodéfense intellectuelle et l’opposition à ce relativisme connoté sont moins évidents qu’avec un racisme franc ou un complotisme plus avéré.

François Asselineau, le « politique »

Cet énarque a occupé des postes assez importants et fréquenté toute la droite de Balladur, Pasqua à De Villiers et même le proche-frontiste Couteaux avant de fonder sa propre mouvance souverainiste, l’UPR, où s’exprime sa propre tendance nationaliste et complotiste. Par le biais de conférences anti-UE accusant notamment la CIA (organe qui a, certes, beaucoup de torts) de tous les maux mondiaux, il n’hésite pas à se produire jusque dans les milieux identitaires et à intervenir dans les médias catho-réactionnaires et pro-russes tout en tentant de se présenter aux élections présidentielles – jusqu’ici sans succès.

Là encore, l’impact numérique est mitigé sauf du point de vue vidéo où la percée est nette :
jusqu’à 10k indice 1

jusqu’à 36k indice 1

de 50k à 370k  indice 2

Et pour ne pas déroger à la règle, ses 2 périodes fastes en requêtes sont :
Mars 2012 : la médiatisation de sa tentative pour réunir les 500 signatures afin de se présenter à la campagne présidentielle.
Septembre 2014 : une émission de Laurent Ruquier où il « exige » un débat contre Marine Le Pen qu’il considère comme sa principale rivale – puisqu’il avance que le FN pompe le programme de l’UPR.

La « logique » fachosphèrique n’étant (a minima …) pas indemne de toute faille, c’est donc bien un pur produit -quoique complotiste- du sérail politicien, et même issu du panier de crabe de la droite la plus parvenue, qui semble y représenter la principale « alternative » électorale au populisme mensonger du FN ! Et comme précedemment, c’est par des propos assez consensuels sur les dérives de la finance et par la désignation d’un ennemi flou que son public tend à s’élargir et que la tâche critique devient plus ardue.

Michel Collon, le « réinformateur »

Comme Paul Eric Blanrue avec qui il collabore, voici un autre « journaliste » prétendant dénoncer les « médiamensonges » (qu’il pratique pourtant lui-même) afin de nous « réinformer » – ce qui équivaut ici à accepter sa propagande (généralement russe ou moyen-orientale) à la place de celle que nous proposent des médias occidentaux, il est vrai, peu critiques de l’impérialisme américain, français ou israëlien (par exemples). C’est avec des postures complotistes qu’il anime le site Investig’Action servant de « modèle » et de « source » à une bonne partie de la fachosphère.

On constate donc une influence plus importante, elle aussi concentrée en vidéo :
jusqu’à 15k indice 1

jusqu’à 84k (I’A) indice 2

de 5k à 270k indice 2

Sa notoriété en recherche connaît par ailleurs 4 pics visibles :
Janvier 2009 : interview remarqué à propos de Gaza et d’Israël sur le site du parti travailliste belge PVDA.
Juin 2010 : sortie d’un livre confus sur Israël avec notamment Noam Chomsky, Michel Warschawski et Shlomo Sand … mais aussi Alain Gresh, Tariq Ramadan, Paul Eric Blanrue et Jean Bricmont !
Mars 2011 et Septembre 2013 : il profite, lui aussi, de 2 plateaux à « Ce soir ou jamais » très relayés sur le web.

Paradoxe encore confirmé : un « dénonciateur » des mensonges médiatiques, mais pratiquant lui-même la propagande d’une autre obédience géopolitique, ne peut construire son succès … qu’en venant profiter de la caisse de résonance de certains grands médias sur des sujets polémiques, ici en l’occurrence la principale chaîne télévisuelle du service public français. Mieux, il parvient à tromper de véritables antisionistes historiques en les faisant participer à des travaux où ils côtoient des antisémites notoires.

Eric Zemmour, le « chroniqueur »

Mais passons à la première figure de cette analyse dont la célébrité dépasse les cercles de l’extrême droite confuse ou avouée -et donc de l’antifascisme vigilant- pour atteindre le grand public. Il s’agit d’un cumulard, à la fois éditocrate et essayiste qui, au nom du « journalisme » politique, s’autorise des dérapages racistes en série sur fond de simplification historique et sociale. Il a fallut des années de dérive et de provocation victimaire pour que la justice consente à le condamner enfin (quoique symboliquement) et que la télévision publique daigne l’éloigner un peu (et sur la pointe des pieds) de ses micros et caméras.

Le taux d’audimat grimpe en flèche, surtout en vidéo polémique :
jusqu’à 39k indice 1

jusqu’à 58k indice 1

de 600k à 1,7M indice 5

Les sommets notables de requête à son endroit sont, sans grande surprise :
Mars 2010 : où il commet un dérapage viral chez Thierry Ardisson à base d’une tristement célèbre racialisation (sans aucun recul ni analyse) de la délinquance.
Hiver 2014 : où il sort son polémique « Suicide français », livre d’opinion autosatisfait sans aucune source fiable et comportant notamment des réinterprétations historiques pro-Vichy.

Par la normalisation de diverses discriminations (sexiste, raciste, homophobe, etc) via des moyens de grande écoute tel chez Laurent Ruquier, voilà quelqu’un qui aura joué un rôle important dans une lepénisation médiatique officielle qui n’a d’égale que celle pratiquée à l’UMP (hypocritement rebaptisée LR dans l’urgence des affaires) pour soi-disant complaire à un public qui se droitise de plus en plus – mais qui est surtout droitisé par des « élites » pesant en ce sens culturellement, financièrement et politiquement.

Alain (Bonnet de) Soral, le « penseur »

Moins connu du grand public, cet ex-présentateur télé frustré de son éviction a recherché sa revanche d’abord en politique, ce qui l’a mené d’une brève expérience communiste à une longue pseudo-dissidence dupratienne aux côtés du FN, puis en polémiste de salon avec ses livres absurdes ou ses vidéos sur canapé rouge, et en figure de proue d’un site fourre-tout (E&R) et de 2 partis (PAS et RN) sans réel programme sinon draguer les haines que le FN newlook ne récupérerait plus, tel l’antisémitisme déguisé en « antisionisme » qui séduit une partie de la jeunesse dépolitisée – notamment en banlieue (mais pas que).

Sa notoriété web est pour autant moyenne, à part en vidéo (lui aussi !) :
jusqu’à 42k indice 1

jusqu’à 82k (E&R) indice 2

de 400k à 1M indice 4

S’agissant des requêtes à son endroit, il n’y a qu’un seul moment de véritable importance :
Janvier 2014 : la sortie d’un numéro du Nouvel Obs intitulé « La haine des autres » dont il fait la une – avec Dieudonné et Zemmour.

Sexiste, homophobe et raciste à la fois, il est pour autant considéré, avec Alain de Benoist, comme l’une des principales figures « pensantes » de l’extrême droite (c’est dire …) avec ses semblant de « thèses » récupérant tout et rien, ici et là, dans un grand écart marxo-nationaliste qui n’a que l’apparence de la logique. Ne reste donc que l’égo démesuré et le bagou webcamisé d’un leader maximo qui génère des adversaires jusque parmis ses propres fans, vus son attrait pour l’argent et son mépris des femmes (noires, notamment) qui lui ont couté de nombreuses défections et scandales en 2014.

Dieudonné, le « comique »

Pour compléter le tableau, il faudra bien évidemment évoquer l’ex-humoriste devenu militant d’extrême-droite et business-man, alors même qu’il avait fait ses débuts dans l’antiracisme : j’ai nommé M’Bala x2. Bénéficiaire de plusieurs sites lucratifs, dont un évoquant son salut fascistoïde (sinon brachio-proctique) de la « quenelle », d’une maison d’édition et de 2 partis tout 3 gérés avec le précédent personnage, mais aussi d’une entreprise de one-man-show et de sa boutique tout à fait lucratives, ce « clown » communautariste a écopé de multiples condamnations impayées et fraudé un million d’euros – au moins.

Ses scores sont importants (quoique probablement eux aussi falsifiés), surtout en vidéo :
jusqu’à 130k indice 2

de 20k à 919k (?!) indice 2

de 1M à 4M indice 5

Lui aussi n’a connu qu’un seul pic important en matière de recherche :
Janvier 2014 : la même couverture du Nouvel Obs qu’évoqué plus haut pour son compère Alain Soral – avec lequel il est désormais en froid pour des raisons avant tout financières.

Et la cour de ce triste sire du « rire » jaune s’est elle aussi étiolée l’an dernier après plusieurs affaires de gros sous, des révélations internes de pratiques très gouroutisantes, mais aussi une prise de conscience que son entourage est clairement fasciste et raciste. Ceci a fait tomber son masque de soi-disant « humour » à « contre-courant » qui a toujours été sa ligne de défense et sa stratégie de com’, certes payantes à court-terme mais relativement intenables dans la durée pour qui veut y regarder de près.

Marine Le Pen, la « populiste »

Nous n’avions pas encore évoqué de femme dans notre analyse … il va pourtant le falloir car nous avons là une ex-avocate descendante d’un tortionnaire d’Algérie titulaire de gros comptes en Suisse, héritière de lignée quasi-royale du parti d’extrême droite (mais présenté comme « populaire ») à papa, spécialiste dans la notabilisation d’une formation qui compte jusqu’à des néo-nazis dans ses rangs, stratège de la dissimulation du discours haineux par cache-sexe (emploi, écologie, laïcité, j’en passe) … oui, vous avez déviné : il s’agit de MLP et elle n’est pas pour rien -voire qu’elle est pour beaucoup- dans le succès électoral (notamment chez les jeunes et surtout les femmes !) du FN.

A supposer que la majorité des likeurs/followeurs soient de vrais comptes, son succès est énorme :
jusqu’à 558k (7x le FN !) indice 2

jusqu’à 655k (3x le FN !) indice 2

de 500k à 1,5M (1 seul pointe à 3M) indice 5

Quant à ses périodes fastes en recherche web, ils connaissent 4 moments :
Mars 2011 : un sondage du Parisien la place en tête tandis qu’elle assure une présence (à visée pour le moins dédiabolisante) à Lampedusa par rapport aux migrants.
Printemps 2012 : il s’agit bien sûr de la campagne pour le 1er tour des élections présidentielles.
Mai 2014 : elle tient un discours très médiatisé place de l’Opéra pour le 1er mai, supplantant dans les médias la mobilisation syndicale – pourtant plus importante.
Janvier 2015 : une surprésence médiatique du clan Le Pen entre scandales financiers du FN et embrouilles familiales plus ou moins bienvenues pour enfumer les révélations.

L’entreprise de lepénisation (et d’islamophobie) généralisée dans les médias et la classe politique, associée à un travail de lissage du parti et de son discours (malgrés les frasques à répétition des militants, candidats et élus) aura donc porté ses fruits : la népotique MLP incarne désormais à elle seule un FN bien loin derrière elle en matière de « popularité ». Elle peut en plus compter sur une fachosphère vidéo qui, bien que désunie et très individualiste, sauvegarde l’apparence d’un « contre-courant » pouvant lui service de rabatteur électoral effectif. En plus, en alliés inattendus, le PS n’arrête pas de décevoir, sa gauche reste très divisée tandis qu’à droite l’UMP/LR s’embourbe dans ses scandales …

Quid des « médias » fachosphèriques ?

Quelques chiffres des médias de cette fachosphère pour finir ? Nous n’avons retenu que les principaux et leurs résultats restent bien inférieurs à ceux évoqués plus haut (et donc aux références utilisées).

Boulevard Voltaire
jusqu’à 15k indice 1

jusqu’à 92k indice 2

Valeurs Actuelles
jusqu’à 30k indice 1

jusqu’à 23k indice 1

de 1k à 15k indice 1

Agence Info Libre
jusqu’à 12k indice 1

jusqu’à 47k indice 1

de 5k à 60k indice 1

Metatv
jusqu’à 2k indice 1

jusqu’à 26k indice 1

de 1k à 15k (1 pointe à 200k) indice 1

Novopress
jusqu’à 6k indice 1

jusqu’à 10k indice 1

de 1k à 30k indice 1

Français de Souche
jusqu’à 3k indice 1

jusqu’à 23k indice 1

Cependant, ceci ne doit pas nous faire oublier que l’offre d’information sur internet restant fragile, les versions web des grands médias demeurant relativement secondaires et inféodés aux mêmes intérêts financiers, et les pure-players parvenant à survivre sans céder au clickbait et autre buzz étant très (trop !) rares, la désinformation d’extrême droite a un (sinon plusieurs) boulevard(s) pour intoxiquer les esprits que ce soit par des biais ici analysés ou par des méthodes plus insidieuses encore (hoax, glurge, etc).

Et pour approfondir :
Paul-Eric Blanrue franchit la ligne brune
À propos du film Chomsky et Cie de D. Mermet et O.Azam
La Contre-révolution de Thierry Meyssan
La fausse confession d’Etienne Chouard
Zemmour, une dérive française
Vous avez dit Soral ?
La fortune de Dieudonné révélée par le Canard enchaîné
Comment Marine Le Pen change (ou pas) le FN avec ses mots

Dessin :
Nawak illustrations

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